86% des associations utilisent déjà l’IA, mais de façon désorganisée
Publié le 13 juillet 2026
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France générosités a publié le 9 juin dernier sa nouvelle étude sur l’usage de l’IA dans les associations et fondations françaises. Le chiffre d’appel est spectaculaire : 86% des professionnels de la générosité déclarent déjà utiliser l’IA dans leurs missions. Mais le détail de l’enquête raconte une histoire plus contrastée. Près d’un professionnel sur deux, 47%, y recourt hors de tout cadre défini par son organisation, ce que l’étude qualifie de « shadow IA ». Autrement dit, l’outil s’est diffusé plus vite que la gouvernance qui devrait l’accompagner.
Les usages rédactionnels dominent très largement, à 88%, suivis par la veille et la recherche d’informations à 68,5%. En revanche, les usages plus stratégiques restent marginaux : seuls 21% des sondés s’en servent pour le pilotage des résultats, et à peine 14,6% pour leur stratégie de collecte de fonds. Pire, sur la question spécifique de l’IA appliquée à la collecte de dons, plus des deux tiers des répondants disent ne pas y recourir ou ignorer si elle est utilisée au sein de leur propre organisation. France générosités elle-même juge ce résultat surprenant pour un secteur dont la mission repose entièrement sur sa capacité à mobiliser des donateurs. Parmi les rares structures qui exploitent déjà l’IA sur ce terrain, l’e-mailing arrive en tête des usages à 25%, devant les réseaux sociaux à 21% et le mailing papier à 16%. Le search, référencement et publicité en ligne, ferme la marche à seulement 7%.
L’étude relève aussi une tension révélatrice au sein des équipes : 18,5% des professionnels sondés s’inquiètent des enjeux de gouvernance des données liés à l’IA, un chiffre presque équivalent aux 21% qui perçoivent au contraire des impacts positifs pour ce même item. France générosités y voit le signe de tensions internes autour de la protection des données, de la conformité RGPD et des risques liés au traitement de données sensibles par des outils externes. Ce résultat fait écho au constat dressé un an plus tôt par le Baromètre de la générosité 2025, qui mesurait déjà 83% de professionnels utilisateurs, mais essentiellement à titre individuel et sans réflexion de pilotage. Un an après, la proportion d’utilisateurs a peu bougé : c’est la structuration de la pratique, elle, qui reste à construire.
Cette hésitation a une explication assez simple : l’argent. 42% des professionnels interrogés signalent l’absence de tout financement associé aux outils d’IA au sein de leur structure. Quand un budget existe malgré tout, il provient très majoritairement des fonds propres de l’association, rarement de la générosité du grand public ou du mécénat d’entreprise. L’adoption se fait donc largement à moyens constants, portée par des collaborateurs qui bricolent avec les outils gratuits plutôt que par une stratégie financée.
La comparaison internationale confirme que la France a pris du retard sur ce dossier. Le guide de gouvernance publié par France générosités avec Don en Confiance, mis à jour fin juin, cite l’étude Non-profit Pulse menée par l’European Fundraising Association auprès de 751 organisations dans quatre pays : 48% des associations européennes utilisent désormais l’IA, contre seulement 13% en 2024. Mais la France ne compte que 36% d’organisations utilisatrices, loin derrière les Pays-Bas et leurs 78%. L’écart n’est donc pas technologique, il est organisationnel : les outils existent, l’appropriation collective, elle, tarde à suivre.
Le secteur en a manifestement conscience. La question a occupé une bonne partie du Séminaire francophone de la collecte de fonds organisé fin juin à Paris par l’Association Française des Fundraisers, qui a réuni près de 800 professionnels autour d’ateliers consacrés notamment aux leads prédictifs et à la gouvernance de l’IA. Le message qui en ressort rejoint celui de France générosités : l’enjeu n’est plus de convaincre les équipes de tester l’IA, la plupart l’ont déjà fait de leur propre initiative, mais de sortir cet usage de l’ombre pour l’intégrer à une véritable stratégie de collecte, avec des règles claires sur les données des donateurs et un contrôle humain systématique avant diffusion.
C’est précisément l’écart que couvre la formation Fondations et ONG : transformez votre collecte avec l’IA, pensée pour des équipes qui manipulent déjà ces outils au quotidien mais sans méthode partagée. Le programme part de la même logique que les études citées plus haut : au lieu d’ajouter une couche d’automatisation sur des pratiques existantes, il s’agit d’apprendre à mieux cerner les profils de donateurs à partir des retours qualitatifs, à décliner un message central selon les canaux et les publics, et à transformer un témoignage de terrain en contenu réellement mobilisateur, tout en posant les bases d’une gouvernance interne sur le RGPD et la vérification humaine. Avec 47% des usages actuels qui échappent encore à tout cadre organisationnel, structurer collectivement cette pratique n’est plus un confort, c’est devenu une condition pour que l’IA serve réellement la collecte plutôt que de simplement occuper les journées des équipes en place.
Grégory JEANDOT
Consultant sr et Formateur IA
Avec un langage simple (et non simpliste), Grégory décrypte l’univers de l’IA générative. Pas de sémantique complexe ou d’approche trop verbeuse : l’objectif est de faire monter tout le monde en compétence !