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79% des journalistes utilisent déjà l’IA, mais rarement pour écrire

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En marge du congrès mondial de la presse organisé par le WAN-IFRA début juin à Marseille, Cision a publié son rapport annuel State of the Media. Le chiffre qui retient l’attention : 79% des journalistes citent la pertinence par rapport à leur domaine de couverture comme critère d’un bon pitch, et l’enquête est fondée sur 1 899 journalistes interrogés. Plus précisément, 79% des journalistes déclarent utiliser des outils d’IA générative en 2026, contre 53% l’année précédente. Et la proportion de journalistes n’utilisant pas les outils d’IA est passée de 33% en 2025 à 21% en 2026. Une bascule qui semblait inévitable depuis deux ou trois ans, mais qui s’est manifestement accélérée ces derniers mois.

Reste à savoir ce que recouvre exactement cette adoption. Et c’est là que le rapport devient intéressant, parce que l’IA n’a pas remplacé la plume du journaliste, loin de là. 48% des sondés l’utilisent pour trouver des angles, des questions ou des titres, 43% pour la recherche ou la vérification, 41% pour transcrire ou résumer des entretiens, et seuls 27% pour la création de contenu proprement dite. Autrement dit, l’outil s’est imposé comme un assistant de préparation plutôt que comme un rédacteur à part entière. Ce n’est pas un détail : cela dessine une frontière assez nette entre ce que la profession accepte de déléguer à une machine et ce qu’elle continue de considérer comme relevant strictement du travail humain.

Cette prudence n’a rien d’irrationnel. L’exactitude, la vérification des faits et la lutte contre la désinformation arrivent en tête des préoccupations, citées par 50% des journalistes, suivies des contraintes de ressources à 49%, contre 29% un an plus tôt selon le même rapport. Signe que les effectifs continuent de fondre pendant que les formats à alimenter, eux, se multiplient. Une autre étude, menée par Data Observer pour le Synap et Augure auprès de 257 journalistes, apporte un éclairage complémentaire et plutôt nuancé : 54% jugent l’usage de l’IA acceptable, mais 72% estiment qu’elle impacte la crédibilité des contenus, et 81% jugent important d’indiquer son recours. Par ailleurs, 63% estiment que la qualité rédactionnelle reste stable, tout en jugeant, dans les mêmes proportions, que les contenus générés sont standardisés. La contradiction résume assez bien l’état d’esprit actuel de la profession : on s’en sert largement, mais on n’y croit qu’à moitié.

Sur le terrain des relations presse, cette méfiance se traduit très concrètement. 72% des journalistes jugent que moins d’un quart des sollicitations reçues sont réellement pertinentes, et 53% refusent de recevoir des contenus générés par IA de la part des professionnels des relations publiques. La quantité n’a jamais aussi peu compté ; la pertinence, elle, redevient un critère de tri presque brutal pour des rédactions déjà saturées de sollicitations.

Ce mouvement redessine également le marché de l’emploi dans les médias. Une étude de FT Strategies et du WAN-IFRA, publiée ce mois-ci, a analysé 6 687 offres d’emploi LinkedIn pour identifier 16 nouveaux métiers stratégiques dans les rédactions. The Economist recrute un ingénieur IA pour créer des chatbots dotés de voix de personnages spécifiques, CNN cherche un éditeur spécialisé en innovation IA, et USA Today développe des prototypes IA pour ses workflows journalistiques, tandis que les salaires s’échelonnent de 76 000 à 230 000 dollars pour ces postes hybrides mêlant compétences éditoriales et techniques. Ces intitulés disent quelque chose d’assez simple : la maîtrise de l’IA devient une compétence éditoriale à part entière, au même titre que savoir mener une interview ou recouper une source.

C’est précisément l’écart qu’une formation IA pour journaliste, organisée en une journée pour de petits groupes, cherche à combler pour les rédactions qui n’ont pas les moyens de recruter un poste dédié à l’innovation. Le programme s’attarde moins sur la promesse d’une écriture automatisée que sur la méthode : structurer un prompt de façon rigoureuse, croiser plusieurs sources sans en épouser aveuglément une seule, adapter un même sujet à la newsletter, au podcast ou aux réseaux sociaux, et surtout garder la main sur la vérification finale, ce maillon que ni Cision ni le Synap ne voient basculer vers la machine. À ce niveau de diffusion des outils dans la profession, la question n’est plus vraiment de savoir si les rédactions vont s’équiper, mais si elles auront pris le temps d’apprendre à s’en servir avec méthode avant que le marché ne les y contraigne.

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